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Octobre 2017
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de la commune de TEUILLAC

Mairie de TEUILLAC
84 Route des Côtes de Bourg
33710 TEUILLAC
 
Tel : 05 57 64 34 55
Fax : 05 57 64 22 25
 
   
  Horaire d'ouverture :
Du lundi au vendredi : 8h30 à 12h30
Samedi : 9h00 à 12h00
Communauté de communes du CUBZAGUAIS
Carte des communes
Météo
95449 visites
Jules-Barthélémy LOMBARD
"Je suis allé visiter, au cimetière de Teuillac, la sépulture[1] de Monsieur Barthélémy, Jules Lombard.
Dans cette tombe, il repose, ainsi que sa femme et sa fille.
Le caveau rectangulaire est entouré d'un petit mur carré. A une de ses extrémités s'élève une colonne brisée où est gravée l'inscription :
"Ici repose Barthélémy Jules Lombard, Consul Général de France, Officier de l'Ordre de la Légion d'Honneur."
Cet illustre personnage fut un grand ami de l'Empereur Napoléon III."
 
                            Joseph SUILS – 11 ans – mars 1956
texte extrait du livre de René Hourtic : Un village raconté par ses enfants.
 
 
Lorsque Jojo Suils, élève de René Hourtic, rédige en 1956 son texte libre, il reprend une des légendes de Teuillac. La classe des grands, par une enquête locale, perpétuera l'essentiel de cette "presque" histoire.
 
Comme dans de nombreux villages, la transmission orale de notre passé est bien souvent composée d'une part d'exactitude et de beaucoup d'affabulations.
Il se racontait, depuis le début du XXème siècle, que Napoléon III serait venu, en 1866, au Château Launay à Teuillac, rencontrer son vieil ami Lombard. Un grand banquet aurait été organisé et l'Empereur aurait offert un ostensoir en souvenir de cette visite.
 
Ce n'est que dans les années 1980/90, qu'avec René et Germaine Hourtic nous entreprîmes des recherches approfondies sur ce personnage de Teuillac, né et mort dans notre commune, mais que personne ne connaissait vraiment.
 
Nous avons consulté pendant des mois :
·        les archives communales et départementales,
·        les archives de la ville de Paris, la bibliothèque nationale,
·        les archives militaires, le musée de la Légion d'Honneur,
·        les archives du ministère des Affaires Etrangères,
·        de nombreux ouvrages, publications et documents du XIXème siècle.
 
Ce que nous avons trouvé montre que Napoléon III n'est jamais venu à Teuillac mais l'histoire de Jules Barthélémy Lombard, véritable ami de Louis-Napoléon Bonaparte, est bien plus intéressante que la légende. Une histoire locale complètement imbriquée dans la grande histoire … l'Histoire de France.
 
            Cette biographie de Jules-Barthélémy LOMBARD est surprenante. Même si cela paraît extraordinaire, tous les faits indiqués sont parfaitement exacts.
 
 
 
 
Plus nous cherchions l'Histoire, plus nous découvrions l'Homme passionnant et passionné. Nous avons trouvé, dans ce personnage de notre histoire locale, tous les ingrédients de ce qui nous intéresse le plus : vous conter l'aventure d'un Teuillacais d'hier à découvrir aujourd'hui.
 
     Je vais ainsi, en quelques épisodes dans le bulletin communal, vous retracer les péripéties de
Jules-Barthélémy LOMBARD.
    
  Alain PONS
                                                           (Maire de Teuillac de 1979 à 2001)
alain.pons456@orange.fr
 
 
 
Les tribulations d'un aventurier du Second Empire qui devint
Consul Général de France
 
 
 
1809 - Jeunesse d'un Teuillacais
 
            Notre histoire commence donc en cette année 1809.
            Teuillac est une petite commune du canton de Bourg sur Gironde. 640 habitants qui vivent dans une autarcie presque complète liée à un grand isolement. Une pauvreté qui dure depuis des siècles.
            Une multitude de petits métiers, de petits propriétaires, cinq moulins[2] et trois gros domaines :
·         le château Peychaud,
·         les propriétés de l'ancien noble Lavergne-Delage[3],
·         et le domaine de Launay.
 
            Le château Launay est le propriété de Pierre Evariste LOMBARD (1779-1834). Il sera maire de Teuillac de 1830 à 1834.
 
le Château Launay
aujourd'hui
 
 
 
            Les LOMBARD sont à Teuillac depuis cinq générations. Bernard LOMBARD, chirurgien, né en 1645 à Carlux en Quercy[4], est le premier à s'installer sur les Terres de Launay à la fin du 17ème siècle.
            Au début du 19ème siècle, le domaine de Launay[5] est à son apogée : 80 hectares. Il comprend notamment :
·         le Mayne Lombard, vers Barbefer
·         le Mayne Launay, avec le château et ses dépendances
·         le Mayne des Bourgés, avec son moulin.
 
            Nous sommes sous l'Empire (le premier). Cela fait juste quelques mois que les Teuillacais sont venus voir, le 31 juillet 1808, Napoléon (1er ) revenant d'Espagne et s'arrêtant quelques instants au relais de poste de Fontarabie[6].
            En 1808 également, naît Charles-Louis-Napoléon Bonaparte fils de Louis Bonaparte, roi de Hollande, et d'Hortense de Beauharnais.
 
            Pierre Evariste LOMBARD est marié à Marie-Jeanne (dite Jenny) FAURE-SAINT HUBERT (1791-1862). Elle est issue d'une riche famille de Lafosse[7]. Le père de Jenny est maire de Lafosse.
 
            En 1809 donc, le 7 août, naît Jules-Barthélémy LOMBARD, fils du plus riche bourgeois de Teuillac. Il sera l'aîné des trois enfants avec Marie Antoinette, née le 12 juillet 1812 et Coralie née le 23 janvier 1814.
           
            1814, année du siège de la citadelle de Blaye par les Anglais : c'est la Campagne de France de Napoléon … dernières batailles avant son abdication. Jules-Barthélémy a cinq ans.
 
 
1826
            Jules-Barthélémy LOMBARD est au Lycée de Bordeaux.
 
            Pierre-Evariste, son père, devient adjoint au maire. Avec Jean PELLETAN, maire de Teuillac, ils prêtent serment de fidélité au Roi. Serment que nous retrouvons consigné dans le registre de délibérations du Conseil Municipal. A noter que les Conseillers Municipaux, qui eux sont élus[8], prêteront également serment de fidélité au Roi et il en sera ainsi jusqu'à la IIIème République.
 
            Nous venons, en quelques années, de passer de l'Empire à la Restauration, avec l'intermède des Cent jours, puis le retour de Louis XVIII et, depuis 1824, Charles X.
 
 
1828
            Jules-Barthélémy devient Bachelier-es-Lettres de l'Université de Bordeaux, le 6 novembre.
 
 
1829
            Il suit, à la très grande satisfaction de ses professeurs, des cours de Médecine à l'hôpital Saint André de Bordeaux mais il n'y reste qu'un trimestre.
 
            Jules-Barthélémy entre à la Faculté de Médecine de Paris au deuxième trimestre de l'année 1829. Il suivra les cours jusqu'au deuxième trimestre 1831. Il loge rue Saint-Dominique d'Enfer à Paris et devient chirurgien externe de l'hôpital du Val de Grâce à Paris.
  
            A Teuillac, le Préfet accorde des aides exceptionnelles pour la réparation des chemins vicinaux suite à l'ouragan du 25 juillet.
 
1830
 
            Jules-Barthélémy fait sa demande au Ministère de la Guerre pour entrer comme élève chirurgien des Armées.
            Il entreprend une multitude de démarches, obtient de nombreuses recommandations qui confortent sa demande.
 
            La capitale est en pleine révolution. Les 27, 28 et 29 juillet 1830, les ouvriers, les étudiants sont dans les rues de Paris. Le faubourg Saint-Germain, le faubourg Saint-Antoine élèvent des barricades.
 
            Jules-Bartélémy va s'illustrer pendant les "Trois Glorieuses".
            Charles X est chassé et c'est Louis Philippe qui, le 9 août, est couronné au Parlement.
 
            Une note du Bureau des Hôpitaux adressée au Maréchal SOULT, Ministre de la Guerre, stipule que Jules-Barthélémy LOMBARD
 
 
 
        
     "… ayant de plus été jugé digne par la part décisive qu'il a pris aux glorieuses journées de Juillet …"
 
 
       
         recevra la Décoration Spéciale de Juillet[9]. Elle lui sera officiellement décernée au début de l'année 1831.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
            Le Domaine de Launay et toute la commune de Teuillac ont beaucoup souffert de l'hiver très rigoureux de 1829-1830. Il y a eu, en outre, les orages de grêle de juillet 1829 et de mai 1830 : les récoltes sont mauvaises.
 
            Pierre Evariste LOMBARD, élu Conseiller Municipal, est nommé Maire de Teuillac. Il prête serment à un nouveau Roi : Louis Philippe.
 
            Jules-Barthélémy LOMBARD a 21 ans. Elève chirurgien, militaire et déjà aventurier des barricades parisiennes, en marche vers un destin surprenant.
 
 
EPISODE II - L'aventure militaire
 
1830
Dans cette exaltation, il poursuit ses études de médecine à la faculté de Paris. Le 1er décembre 1830, il entre comme chirurgien-élève à l'hôpital militaire d'instruction du Val de Grâce.
 
1831
            Le 22 mai, il est nommé chirurgien sous-aide à l'hôpital militaire de Belle-Île en Mer (Morbihan). Officier de santé, nous verrons qu'il terminera sa courte carrière militaire au grade d'Aide Major.
            Jules-Barthélémy va immédiatement montrer un tempérament passionné, généreux certes, mais plus politique que militaire.
            Le 27 juillet, rixe dans l'église de Palais[10]. Le curé ayant refusé de célébrer, comme le demandait Jules-Barthélémy LOMBARD, un office avec catafalque en l'honneur des morts des Trois Glorieuses, il s'en suivit une violente altercation entre les citoyens et le prêtre.
            Cette histoire va faire beaucoup de bruit même si Jules-Barthélémy n'est sanctionné que de 24 heures d'arrêts de rigueur. Le Ministère de la Guerre, malgré un rapport de Gendarmerie favorable à Jules-Barthélémy, va s'offusquer des prises de position de ce militaire. Son attitude et ses réclamations ne sont pas du goût des autorités.
            Le 16 août, il part à Paris passer un examen professionnel à l'hôpital militaire d'instruction.
            Les 20, 25 octobre 1831, Jules-Barthélémy LOMBARD se distingue pour s'être bénévolement transporté à bord d'un bâtiment revenant des Colonies et sauve la vie d'un matelot en l'amputant d'un bras. Les journaux locaux font état de son courage. En effet, redoutant le choléra, le bateau était en quarantaine et rien ne l'obligeait à se rendre au secours du marin. Ainsi le journal LE PROPAGATEUR de Bordeaux relate par le détail le sauvetage du matelot et le témoignage du capitaine du navire DELPHINE.
 
            Il continue d'obtenir de nombreux appuis pour une affectation sur Paris[11] ou Strasbourg, notamment une lettre signée par sept députés de la Gironde, mais chaque fois il obtient une réponse négative du Ministre.
 
1832
            L'affaire de Belle-Île en Mer se termine par la mutation de Jules-Barthélémy LOMBARD à l'hôpital militaire de La Rochelle.
            La veuve du Général BONNEAUD, parente de Jules-Barthélémy, à l'occasion d'une rencontre avec le Comte d'AURE, Ministre de la Guerre, plaide en vain la cause de Jules-Barthélémy.
            Après quelques mois dans ce nouveau poste, ses relations avec la hiérarchie militaire ne s'améliorent pas. Dans une lettre de l'Intendant Militaire de Nantes en date du 18 décembre 1832, adressée au Ministre de la Guerre on relève :
            " Le sieur LOMBARD est fréquemment aux arrêts, ce qui ne le corrige pas et ne le rend pas plus exact dans son service …"
 
                      Et à nouveau, une mutation disciplinaire.
 
1833
            Il reste dans la même région puisque le 10 janvier 1833, c'est à l'hôpital militaire de l'Ile d'Oléron qu'il est affecté.
            Depuis ce poste, il est chargé, en chef, du service de santé du fort de Brouage pendant les mois de juillet et d'août où sévissent avec beaucoup d'intensité les " fièvres intermittentes " : état sanitaire des marais … les moustiques !
            Toujours une multitude de demandes pour une autre affectation, pour un grade plus important, pour servir dans un régiment … et toujours le refus du Ministre mais, pourtant, il lui accorde le 10 octobre, la possibilité de poursuivre ses études de Médecine à la Faculté de Paris où il vient de se réinscrire.
            La commission de santé précise, le 3 septembre, que l'officier de santé LOMBARD ne peut servir que dans un hôpital militaire. 

            A cette époque, le Sous-Intendant de La Rochelle émet un avis favorable pour l'obtention du grade d'Aide Major par Jules-Barthélémy LOMBARD en précisant " grandes qualités, connaissances approfondies ".

 
                      En novembre, décembre, Jules-Barthélémy est malade, il est soigné à l'hôpital Gros Cailloux à Paris.
 
                      Le 3 décembre, il est nommé à Strasbourg … poste qui sera un tournant important dans sa vie. Il y arrive le 31 décembre 1833.
 
 
1834
            Le 12 avril, il obtient une permission d'urgence de trois mois pour aller au chevet de son père gravement malade. Effectivement, celui-ci décèdera le 17 avril au Château Launay (Teuillac).
            Evariste LOMBARD, son père, est maire de Teuillac depuis 1830.
            Le 21 juin, il demande et obtient une prolongation de trois mois de sa permission. Il loge pendant cette période : 34, Fossé de l'Intendance[12] à Bordeaux.
 
1835
            Strasbourg est un creuset pour le recrutement bonapartiste.
 
            Louis Napoléon BONAPARTE vit depuis quelques années au château d'Arenenberg, en Suisse, auprès de sa mère la reine Hortense. Il est officier de l'armée Suisse et interdit de séjour en France. Il n'a qu'un rêve : revenir sur la terre de son oncle … retrouver la splendeur de l'Empire !
 
            Depuis la mort du duc de Reichstadt, Louis Napoléon Bonaparte se considère comme l'héritier de la couronne impériale, d'où les réseaux et les projets pour la prise du pouvoir.
 
            Pour Jules-Barthélémy LOMBARD, ces années 1834-1835 seront l'occasion de rencontres décisives pour son avenir.
            Avec quelques autres officiers en garnison dans la capitale alsacienne, proche de la Suisse, il retrouve régulièrement :
  •        Le Vicomte Henri Richard de QUERELLES, très grand ami de Jules-Barthélémy. C'est un lieutenant que l'armée a expulsé en raison de ses dettes et qui a épousé une demoiselle BEAUHARNAIS. Famille de la première épouse de Napoléon Ier.
  •    Le Comte de PERSIGNY. Il s'appelle en réalité Jean Gilbert Victor FIALIN. Son père a été tué à la bataille de Salamanque en 1812. C'est un faux comte mais un futur duc et un véritable bonapartiste surtout depuis qu'il a rencontré Louis Napoléon Bonaparte au début de 1835.
  • Le Colonel VAUDREY, chef d'escadron, est commandant d'un des régiments d'artillerie de la place de Strasbourg. Il a fait toutes les campagnes de 1804 à 1815 auprès de Napoléon Ier et deviendra gouverneur du palais du futur Napoléon III.
  • Eléonore GORDON, née BRAULT, fille d'un capitaine en garnison à Colmar. Elle avait épousé Sir GORDON ARCHER, un vieil Anglais dont elle est maintenant veuve. Très tôt, elle apparaît dans la vie intime de Louis Napoléon Bonaparte qu'elle avait rencontré en Suisse. Elle est, en 1835, la maîtresse du Colonel VAUDREY, en garnison à Strasbourg. La chronique de ce temps la décrit comme "charmante veuve, actrice (cantatrice) à ses heures, escrimeuse, ardente en toute chose et entièrement dévouée au Prince". 
            Enfin, le 15 août 1835, à l'occasion d'une grande fête organisée en l'honneur de la Saint Napoléon, Jules-Barthélémy rencontre Louis-Napoléon BONAPARTE à Bade[13] où celui-ci dispose d'un pavillon prêté par Stéphanie de BADE, sa parente.
           
1836
            Nommé le 28 mai à Montmédy[14], Jules-Barthélémy LOMBARD s'empresse de prendre, le 19 août, un congé de trois mois pour aller dans sa famille. En vérité, c'est pour préparer l'expédition de Strasbourg.
 
            Le 30 octobre 1836, il participe à la tentative de coup d'État qui échouera dans une folle débandade. Malgré plusieurs mois de préparation et un accueil plutôt sympathique des Strasbourgeois, l'opération est démantelée en quelques heures. Presque tous sont arrêtés. Jules-Barthélémy, troquant son uniforme, réussit à s'échapper.
 
            La chronique locale nous apprend qu'une brume matinale avait interrompu le message du télégraphe aérien de Chappe entre Strasbourg et Paris. Pendant trente six heures, le gouvernement se trouva avec un message incomplet qui annonçait l'attentat sans aucune précision.
 
gravure : la conspiration de Strasbourg
 
                        Les échotiers strasbourgeois écrivent :
        L'un des conjurés, le major Jules-Barthélémy LOMBARD, conduit un détachement d'artilleurs et s'est rendu aux ateliers de l'imprimeur Silbermann afin d'y faire imprimer les proclamations préparées pendant la nuit.
 
            A deux heures du matin, le lundi 1er novembre, surgit à Arenenberg "un jeune homme à moustache". Valérie MASUYER, dame d'honneur de la Reine Hortense raconte :
 
            Jules-Barthélémy LOMBARD, ancien chirurgien de l'hôpital militaire de Strasbourg était un jeune Major de 27 ans qui avait tout de suite donné son adhésion à la tentative d'insurrection. Avec le Commandant PARQUIN, avec Messieurs de GRICOURT et de QUERELLES, il avait passé la soirée du 29 octobre et une partie de la nuit à régler les détails de l'exécution et à écrire sous la dictée du Prince les proclamations au peuple et à l'armée[15]. Le 30 au matin, il était en grand uniforme[16] aux côtés du Prince quand celui-ci arriva dans la cour du quartier d'Austerlitz[17].
            En quittant le quartier, c'est lui qui avait pris la tête d'un détachement d'artilleurs confié par le Colonel VAUDREY, pour se rendre aux ateliers de l'imprimeur Silbermann et y faire imprimer les proclamations préparées pendant la nuit.
            Après l'échec de la tentative, il avait réussi à s'échapper et s'était rendu tout de suite au Château d'Arenenberg pour renseigner la Reine Hortense.
 
                      Extrait de la lettre de Louis Napoléon Bonaparte portée par Jules-Barthélémy à la Reine Hortense :           
            Ma Mère,
            J'ai été vaincu, je meurs pour une belle cause, pour la cause du peuple français qui me regrettera un jour. Ne pleurez pas, n'en veuillez à personne, personne ne m'a entraîné, c'est moi seul qui ai voulu essayer de rendre à la France sa gloire et ses libertés.
                     En passant le Rhin j'étais préparé à tout.
 
            La Reine Hortense va négocier la liberté pour son fils contre son expatriement. Louis Napoléon Bonaparte échappe ainsi à la justice.
 
                      Il écrit à Jules-Barthélémy et aux autres complices :
                                              ... mes dernières prières sont encore pour mes compagnons.
           
1837
            Au procès, ouvert le 6 janvier, sept personnes comparurent alors que treize avaient été inculpées[18]. Le principal instigateur du complot, Louis Napoléon Bonaparte, est aux États-Unis.
            Etaient contumace, notamment PERSIGNY et LOMBARD[19].
 
            Le pouvoir est embarrassé par cette affaire et ne veut pas donner une tribune aux bonapartistes. Les jurés alsaciens du Tribunal de Colmar, le 18 janvier, prononcent un acquittement général à l'unanimité.
            Le 21 janvier, PARQUIN et de GRICOURT, acquittés, arrivent à Arenenberg où ils retrouvent Jules-Barthélémy LOMBARD. Celui-ci se rend aux autorités militaires le 29 janvier. Il est écroué à la Maison d'arrêt de Strasbourg.
            Le 4 mars, il est prévenu que sa situation s'est aggravée. En effet, il n'a pas rejoint son poste à l'expiration du congé qu'il avait obtenu en août 1836. En conséquence il est passible du Conseil de Guerre.
            Le 19 mai, il est acquitté par la Cour d'Assises du Bas-Rhin du délit de complicité d'attentat contre la sûreté de l'État.
            Libéré de la prison de Strasbourg, il est assigné à résidence à Verdun par les autorités militaires.
 
            Le 13 juin, le Conseil de Guerre de la 2ème Division Militaire de Verdun prononce son acquittement pour délit d'absence illégale.
Signalement du condamné[20] :
Jules-Barthélémy LOMBARD, 27 ans
taille 1,63 m, cheveux et sourcils châtains, front bas
yeux gris, nez ordinaire, bouche moyenne, menton rond
visage ordinaire, teint blême
 
 
            Le 24 juin, le Ministère de la Guerre est informé des menées de Jules-Barthélémy LOMBARD à Verdun :
 
            "… le sieur LOMBARD est un mauvais exemple, peut-être à cause de ses opinions républicaines qu'il manifeste publiquement. Toutes les personnes de son opinion, peu nombreuses à la vérité dans Verdun, le fréquentent et le soignent, il se forme même des réunions qui ont pour but, je crois, de faire des prosélytes …"
 
            Jules-Barthélémy … un incorrigible agitateur !
 
            Sur cette même correspondance sont précisées les mesures de surveillance qu'il convient de prendre à l'encontre du sieur LOMBARD et il est demandé à la Direction Générale du personnel d'envoyer cet officier en Afrique.
 
            Le 10 juillet 1837, le Ministère de la Guerre prononce sa mise en non-activité par retrait d'emploi.
 
            Le 19 août, la Direction Générale du personnel constate qu'après la décision d'éloignement de Verdun de l'officier de Santé LOMBARD, celui-ci a choisi Bordeaux comme résidence.
 
            Le 5 octobre, à Arenenberg, meurt la Reine Hortense. Louis Napoléon est à ses côtés.
 
            Le 31 octobre, le Lieutenant Général commandant la 11ème Division Militaire de Bordeaux reçoit la démission de Jules-Barthélémy LOMBARD. Il transmet au Ministère de la Guerre en précisant qu'il conviendra que l'autorité civile poursuive la surveillance exercée actuellement par l'autorité militaire. Plus simplement, la police politique du Roi est chargée de sa surveillance … et elle va le faire avec zèle !
 
            Le 21 novembre 1837, la démission de Jules-Barthélémy LOMBARD est acceptée au nom du Roi par le Ministre de la Guerre. Il est rayé des cadres de l'Armée le 10 décembre 1837.
 
 
 
            Jules-Barthélémy LOMBARD termine ainsi sa carrière militaire mais il a déjà bien commencé son aventure politique.
 
 
… à suivre … L'AVENTURE POLITIQUE
 

[1] en réalité, sous ce monument, toujours existant, il n'y a rien car le cimetière a été déplacé en 1897. Seul le dessus du caveau a été transféré de l'église vers le nouvel emplacement.
[2] le moulin à eau de la Grosse Planche, le moulin à vent des Bourgés, le moulin à vent des Graves et les deux moulins à vent du Moulin des Blais (il ne reste la trace que d'un seul)
[3] Écuyer du Roi sous l'ancien Régime
[4] actuellement département de la Dordogne
[5] Launay vient de l'aune, arbre des milieux humides
[6] commune de Teuillac, lieu dit actuel de La Poste
[7] aujourd'hui commune de Pugnac
[8] le maire et l'adjoint sont désignés par le représentant du Roi, les conseillers municipaux sont élus au suffrage censitaire : une centaine d'électeurs à Teuillac
[9] cette médaille a été crée par Louis Philippe le 13 décembre 1830 pour perpétuer le souvenir de la Révolution de 1830 et pour accorder un signe de distinction aux citoyens qui s'y étaient illustrés
[10] principale bourgade de l'île
[11] son éloignement de Paris lui évite pourtant d'être confronté  au terrible fléau qui frappe la capitale : en mars 1832 une épidémie de choléra fera des milliers de morts
[12] actuellement cours de l'Intendance
[13] Allemagne, à la frontière de la Suisse.
[14] Meuse
[15] les conjurés se retrouvèrent aux côtés de Louis Napoléon Bonaparte le 29 octobre 1836 dans un appartement loué par de Querelles au 4 rue des Orphelins à Strasbourg
[16] au procès il est précisé uniforme d'aide de camp
[17] caserne du 4ème Régiment d'Artillerie à Strasbourg. Régiment qui s'était illustré en 1793, au siège de Toulon, sous la conduite du capitaine Napoléon Bonaparte.
[18] Arrêtés à Strasbourg : Vaudrey, Laity, Parquin, de Gricourt, de Querelles, de Bruc et Mme Gordon.
                En fuite : Persigny, Lombard, Gros, Pétri, Dupenhoat et Schaller
[19] au procès, LOMBARD est décrit comme petit blond
[20] donné par le Ministère de la Guerre
 
Les tribulations d'un aventurier du Second Empire qui devint Consul Général de France (suite)
 
Après des études de médecine, Jules-Barthélémy LOMBARD – né au château Launay en 1809 – devint chirurgien des Armées. Ce Teuillacais intrépide, décoré aux journées révolutionnaires de 1830, eut une carrière militaire agitée jusqu'à sa rencontre avec Louis-Napoléon Bonaparte. Avec le futur NAPOLEON III, il participa à une tentative de coup d'état en 1836 à Strasbourg. Après sa condamnation, il démissionne de l'armée et c'est ainsi que nous le retrouvons en 1837.

 
EPISODE III - L'aventure politique
 
1837
                   Après l'échauffourée de Strasbourg, Jules-Barthélémy a donc définitivement quitté l'armée et son emploi d'aide chirurgien : il est resté six ans dans l'Armée.
            Il fait un bref passage à Teuillac en octobre 1837. Après la mort de son père, Pierre Évariste, en 1834, Madame Veuve LOMBARD décide de partager ses biens entre ses trois enfants. Le 19 octobre, devant Maître CUGNEAU, notaire royal à Berson, Jules-Barthélémy hérite d'un lot de terres et de bois de 72 journaux[1] :
o       la métairie de Barbefer
o       la Borderie[2]
o       les Hermats
Ce même jour, toujours devant Maître CUGNEAU, il donne tous pouvoirs à ses beaux-frères ROUX et PICQ pour gérer, administrer et même revendre ses biens.
 
Le 15 décembre de cette même année 1837, nous retrouvons Jules-Barthélémy LOMBARD à Paris au 35 de la rue de Tournon[3].
Louis Napoléon BONAPARTE, éloigné en Amérique pour un court séjour, fin 1836, s'est installé à Londres en juillet 1837 après un passage en Suisse.
 
 
1838
                   Si le gouvernement a été clément pour l'affaire de Strasbourg, les services de police, eux, s'intéressent à ces aventuriers bonapartistes.
            Le préfet de police recevra régulièrement des rapports de perquisitions, de surveillance … et particulièrement en ce qui concerne Jules-Barthélémy LOMBARD. Il suffit de lire la notice rédigée par le Cabinet du préfet de police résumant la vie de Jules-Barthélémy jusqu'en 1840 :
 
         " Le 15 janvier 1838, il (Jules-Barthélémy) alla loger rue Clément numéro 6. Il recevait dès lors 3000 fr. de pension de Louis Bonaparte et entretenait une correspondance avec lui, ainsi qu'avec le sieur de Persigny, alors en Suisse.
            On le signalait à cette époque comme un homme entreprenant, plein d'énergie et entièrement dévoué à la cause bonapartiste. Il fréquentait les cafés, surtout l'estaminet de La Taverne, place de l'École de Médecine, et cherchait secrètement à recruter des prosélytes au Prince parmi les jeunes gens et particulièrement parmi les étudiants. Il voyait fréquemment le Comte de GRICOURT[4].
            Ostensiblement il se plaignait du Prince et disait avoir été entraîné dans l'affaire de Strasbourg par sa position nécessiteuse. Du reste, il suivait ses études de Médecine et les cours de la Clinique.
            Le 24 octobre, il prit à la préfecture de police un passeport pour l'Angleterre et partit le 4 novembre en disant à son hôtel qu'il allait visiter sa famille à Bordeaux. C'est bien à Londres qu'il se rendit et il y fit plusieurs visites à Louis Bonaparte.
 
         La chronique historique raconte :
 
         Dans le silence relatif de Carlton-Garden, règne une toute autre activité. PERSIGNY, VAUDREY, CONNEAU[5], LOMBARD et quelques autres encore, se retrouvent dans une salle de travail autour de deux grandes tables, l'une chargée de livres, l'autre de revues et journaux venant de France et des grandes capitales, des plans, des cartes. Louis Napoléon BONAPARTE, lui, écrit une étude sur "Les idées Napoléoniennes".
 
     Et le rapport du préfet de police se poursuit :
 
         De retour à Paris, le 14 du même mois, il rentra rue Clément[6] numéro 6 où logeait aussi alors le sieur de Querelles. Peu de jours après, ils reçurent chez eux deux officiers du 55ème de Ligne et un certain nombre de jeunes gens à moustaches et à longues barbes.
            En décembre, LOMBARD publia une brochure intitulée LE PRINCE NAPOLEON ET LE MINISTERE MOLE ou Résumé de la question Suisse[7]. Dans cet écrit, imprimé chez Lange Lévy et mis en vente chez Dantu, libraire au Palais Royal, qui fut tiré à 300 exemplaires, LOMBARD donnait à Louis Bonaparte le titre de Prétendant et rappelait avec jactance que la Manche le séparait seule de la France.
                       
 
 
 
 
 
 
 
caricature d'un journal de l'époque montrant
Louis-Napoléon Bonaparte hésitant entre la Suisse et la France
 
 
 
 
 
 
 
1839
                   En janvier 1839, il alla demeurer seul boulevard Montmartre[8] numéro 16. De Querelles avait quitté Paris. Vers cette époque, il se vantait d'être l'un des collaborateurs de L'ETUDIANT, journal des Écoles, il écrivait déjà dans LE CAPITOLE :
            -il est bon, ajoutait-il, d'avoir à sa discrétion une feuille répandue parmi les jeunes gens. Nous pourrons un jour nous en servir au besoin.
         Il voyait dès cette époque le sieur CONSTANTIN, gérant de la Villa des Ouvriers au Faubourg Saint-Antoine[9].
 
            En juillet, LOMBARD annonçait l'intention d'aller à Londres mais ayant reçu de l'argent de cette ville il resta à Paris et se livra pendant quelque temps aux plaisirs et à la dissipation.
            Le 10 septembre, il écrivit aux journaux pour disculper son héros de quelques imputations insérées dans ces feuilles sur le rôle qu'il aurait joué aux fêtes d'Eglington[10].
            En octobre on le signalait comme chargé par Louis Bonaparte de régler les intérêts pécuniaires avec LE CAPITOLE[11]. Dans les derniers jours de ce mois, il avait reçu une lettre du sieur de PERSIGNY qui lui ordonnait, de la part du Prince, de faire des recrues dans le Corps des Officiers se trouvant à Paris. Il pouvait, disait-on, disposer de 1000 à 4000 fr. par mois pour cet usage. Il parut en effet s'occuper de cette mission en apportant le plus grand mystère dans ses démarches.
            Une perquisition fut opérée dans son domicile le 30 octobre en vertu d'un mandat de M. le Juge d'Instruction à l'occasion de l'affaire CROUY-CHANEL. On saisit un exemplaire des "Idées Napoléoniennes" et une certaine quantité de papiers et lettres politiques parmi lesquelles une du sieur LAITY[12], et une de M. de QUERELLES.
 
            Au commencement de novembre LOMBARD, qui jusque là avait eu des relations fréquentes et intimes avec la dame GORDON, lui ayant dans la colère prodigué des qualifications injurieuses, à la suite de reproches qu'elle lui avait adressé suite à la mauvaise direction qu'il donnait, suivant-elle, aux affaires de Louis Bonaparte, une brouille éclata entre eux et ils cessèrent pendant quelque temps de se voir.
 
         Madame GORDON, égérie de l'affaire de Strasbourg, installée au 108 de la rue des Mathurins à Paris, animait un club de Bonapartistes[13] les "Expectants".
            Nous verrons par la suite que les relations de Jules-Barthélémy LOMBARD avec le journal le CAPITOLE eurent une grande importance dans sa vie.
 
 
1840
                   En janvier 1840, LOMBARD cesse de travailler au CAPITOLE, annonce de tous côtés qu'il va passer en Amérique[14] pour se retirer des menées politiques, mais on dit, dans le parti, qu'il doit se rendre à Londres pour y recevoir le mot d'ordre du Maître.
Il prend en effet, le 5 février, un passeport pour cette dernière ville et part le 6 à huit heures du matin par les Messageries Royales, avec un sieur MARTEL (Charles, Arthur), l'un des rédacteurs du CAPITOLE, qui avait pris un passeport en même temps que lui.
Arrivé à Londres, il va loger dans la même maison que Louis Bonaparte où était le sieur de PERSIGNY. Il revient le 14 et rentre boulevard Montmartre.
A son passage à Calais le 13, on avait opéré une perquisition dans ses effets et l'on avait saisi sur lui trois lettres dont une cachée dans ses bottes. Elles furent transmises à M. le Procureur du Roi le 17. Dans ces lettres étaient renfermées des chiffres et des notes relatives sans doute aux intrigues bonapartistes.
            Le 10 mars, LOMBARD prend à la préfecture de police un visa de passeport pour Beauvais et part le soir même. Il avait, disait-il alors, obtenu une place dans une Compagnie d'assurances pour laquelle il allait voyager.
 
 
En réalité, il arrive à déjouer la surveillance policière et se rend à Lille où il rencontre des officiers de la garnison.
Dès la fin de 1839 et surtout dans les premiers mois de 1840, le Prince Bonaparte va porter toute son attention sur les troupes placées dans la région du Nord.
Pour ses prises de contacts, destinées à établir des sympathies à la cause bonapartiste, il a choisi six de ses meilleurs collaborateurs :
                        les trois colonels PARQUIN, VOISIN, LABORDE, le commandant MESONAN, le médecin-major LOMBARD, le général MONTHOLON.
Sauf le médecin-major LOMBARD, tous sont d'anciens officiers de l'Empire.
 
Jules-Barthélémy va donc se rendre plusieurs fois dans les garnisons du Nord où il est toujours très bien accueilli malgré la réprobation de la hiérarchie du Ministère de la Guerre.
 
De retour à Paris, quelques jours après[15], il repart clandestinement au commencement d'avril, se rend à Londres et débarque le 15 à Calais retournant à Paris où il va cette fois se loger avec beaucoup de mystère rue Duphot au numéro 8 bis.
Dans les premiers jours de mai, il annonce à ses amis que, fatigué de la surveillance dont il fait l'objet, il va se retirer en province et prend, le 4, un visa pour Strasbourg après avoir vendu son mobilier.
Il part le même jour à six heures du soir par la diligence où il n'avait retenu sa place que jusqu'à Verdun.
On ne sait pas positivement s'il s'est rendu à Strasbourg où cependant il était attendu par les coryphées du parti bonapartiste qui avaient même fait des dispositions pour le recevoir. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il a été à Verdun et à Metz[16]. Dans cette dernière ville il s'est rencontré avec la dame GORDON et un rapprochement a eu lieu entre eux. On assure que Louis Bonaparte avait lui-même ordonné cette réconciliation.
            Il était de retour à Paris vers la mi-mai. Le 29, il prit domicile en garni rue Lafitte au numéro 26.
Dans les premiers jours de juillet, il ne payait plus son logement qu'à la journée, faisait ses dispositions de départ et paraissait très muni d'argent. Il avait été récemment chez M. LAFITTE, banquier. Le 25, il obtint un visa pour Londres et se mit en route le 28 à quatre heures de relevée par la voiture de Boulogne.
Il arrive le 29 et s'embarque de suite pour l'Angleterre. On disait parmi ses intimes qu'il allait se concerter avec le Prince pour le voyage à Sainte Hélène[17]. Il n'est rentré en France qu'avec la bande de Louis Bonaparte dont il était le porte drapeau.
 
Ainsi se termine le rapport de police, mais l'aventure est en marche !
 
Jules-Barthélémy va revenir à Boulogne.
Le 2 août, à l'hôtel des Bains, il rencontre Eugène BATAILLE, soi-disant ingénieur civil et journaliste au CAPITOLE. Ils sont chargés des derniers contacts et préparatifs.
Seul LOMBARD repartira pour très peu de temps à Londres.
 
Ils sont 56 conjurés, quelques chevaux, des armes, de faux uniformes, du ravitaillement et … un aigle[18] à bord d'un paquebot loué à Londres, le "Edimburg Castle". Ce petit bâtiment de 35 mètres a fait plusieurs escales pour rassembler tous les compagnons de cette équipée.
 
Louis Napoléon Bonaparte arrive, lui, de Londres par une chaise de poste et embarque à Gravesand. Jules-Barthélémy LOMBARD rejoindra le Prince au cours d'une des cinq escales prévues entre Londres et la mer.
            Le 6 août de cette année 1840, à quatre heures du matin, c'est le débarquement au nord de Boulogne sur la plage de Wimereux.
Jules-Barthélémy LOMBARD est bien le porte-drapeau : drapeau de soie frangé d'or, ayant à chaque angle des couronnes impériales marquées de la lette "N" et portant les noms des grandes victoires : Arcole, Marengo, Ulm, Austerlitz, Moskowa.
Ce coup de force échoua dans la confusion dès les premières heures. Le plan, simpliste comme pour Strasbourg, prévoyait de prendre la garnison de Boulogne, de rejoindre Lille, et, avec de nouvelles troupes, marcher sur Paris.
Dans les plans de Louis Napoléon Bonaparte, il était convenu que LOMBARD serait le lieutenant du colonel LABORDE dans le commandement militaire des troupes d'insurrection.
 
Tout au long de la matinée, Jules-Barthélémy escorte le Prince dans la ville fortifiée. La foule sympathise, les hommes du poste de garde saluent le drapeau mais le capitaine de la garnison, COL-PUYGELLIER, résiste.
Dans l'affolement, Louis Napoléon blesse le grenadier GEOFFROY. Les conjurés se replient à la sous-préfecture, face aux remparts.
 
Le chroniqueur local raconte :
 
 
 
Le sous-préfet sorti en grand uniforme et, s'avançant résolument vers les émeutiers pour leur barrer le chemin, demanda aux soldats de ne pas être dupes d'un aventurier :
     -Au nom du Roi, séparez-vous et abattez votre drapeau.  
Il n'eut pas le loisir de continuer. Un cri unanime "Vive l'Empereur" s'éleva des rangs des rebelles et de la foule. Pour faciliter son replis, le commandant LOMBARD, abaissant son drapeau lui en asséna un grand coup sous les rires goguenards et le sous-préfet notera dans son rapport : "j'ai reçu un coup de pied du drapeau".
 
 
Mais c'est l'échec. Les conjurés n'ont pas assez d'hommes de main pour réussir une opération "commando".
La Garde Nationale les poursuit. Il y aura quelques blessés et deux morts : l'Intendant FAURE et le jeune Comte d'HUNNIN[19]. Louis Napoléon sera lui-même légèrement blessé.
Louis Napoléon décide de se diriger vers Wimereux pour tenter de réembarquer sur le "Edimburg Castle" resté au mouillage devant le petit port.
            Au passage devant la Colonne de la Grande Armée[20] qui est en voie d'achèvement, Jules-Barthélémy grimpe au sommet de la colonne.
 
Le chroniqueur de l'époque raconte :
 
Le sieur LOMBARD était resté seul au sommet où il avait attaché, avec un mouchoir et un foulard, l'étendard tricolore du Prince. Ses comparses, à l'arrivée de la troupe, avaient fui dans la campagne.
Un garde national, le dénommé LEJEUNE, grimpe à son tour au sommet de la Colonne et commande à LOMBARD :
-je te somme de me remettre ton drapeau et de te rendre prisonnier.
-si tu avances, s'exclame LOMBARD en brandissant son pistolet à deux coups, je te brûle la cervelle !
Finalement, Jules-Barthélémy LOMBARD, ayant suffisamment, croit-il, fait diversion aux forces du colonel SANSOT, accepte de se rendre à ce détachement de la Garde Nationale.
A la descente, LOMBARD tient toujours son drapeau pendant que Louis Napoléon Bonaparte s'éloigne vers la falaise du Moulin Wibert.
LOMBARD, sans hésiter, s'avança vers l'adjoint au maire, le sieur DUTERTRE-DELPORTE, et lui dit avec calme :
-Monsieur, voici notre drapeau. Je le confie à la ville de Boulogne. Et il s'en sépara avec émotion.
Entre temps le sous-préfet s'était avancé avec le colonel SANSOT, qui s'empara du sabre de LOMBARD. Le sous-préfet prit alors le drapeau et en brisa la hampe.
Ils conduisirent ensuite le lieutenant LOMBARD au Château.
 
         Ironie de l'histoire, le sous-préfet s'appelait PROVOST … de LAUNAY !
 
 
            Quinze ans plus tard, le 17 août 1855, Louis Napoléon Bonaparte reviendra à Boulogne, Empereur des Français, pour accueillir solennellement la reine Victoria. Sur cette même plage du débarquement où il fut arrêté, il passera une importante revue de troupes qui lui remettront un drapeau … celui de LOMBARD ?
 
            Dès le 8 août,   Louis Napoléon Bonaparte est incarcéré à la prison d'Etat de Ham[21] : forteresse militaire[22] construite sous Louis XI.
            Jules-Barthélémy et les autres conjurés sont transférés le 16 août à Paris. Enfermés d'abord à la Conciergerie, ils sont ensuite internés à Sainte Pélagie.
            Louis-Philippe, pour rassurer les troupes se rend à Boulogne le 17 août. Dans le port, sur un petit navire, il manque se noyer.
            Le procès eut lieu à Paris au Palais du Luxembourg, devant la cour des Pairs, du 28 septembre au 6 octobre 1840. Il y eu vingt et un accusés.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
gravure montrant le procés des conjurés de Boulogne
 
 
 
 
 
 
 
 
            L'avocat de Jules-Barthélémy LOMBARD, Maître BARILLON, plaidera le 1er octobre. Il assurera également la défense de PERSIGNY, MONTAUBAN et CONNEAU. Jules-Barthélémy reconnaîtra que la tentative de Boulogne avait pour but de changer le gouvernement de la France et de proclamer Louis Napoléon Bonaparte Empereur des Français et cela … douze ans avant l'Histoire !
            La Cour est extrêmement divisée : sur 312 Pairs, seulement 167 ont siégé. 152 ont rendu l'arrêt. 160 se sont donc abstenus dont un certain baron LOMBARD[23].
            Jules-Barthélémy LOMBARD sera dans les cinq compagnons de Louis Napoléon à subir les plus lourdes peines.
             La Cour des Pairs, en séance secrète, le 5 octobre 1840, par un vote à la majorité des cinq huitièmes, au deuxième tour, condamnait à différentes peines les personnes suivantes :
                        Louis Napoléon BONAPARTE, Comte de MONTHOLON, Jean Baptiste VOISIN
                        Louis le DUFF de MESONAN, Denis PARQUIN, Hypolite BOUFFET MONTAUBAN
                        Jules Barthélémy LOMBARD, Jean FIALIN dit de PERSIGNY,
                        Jean Baptiste FORESTIER, Martial BATAILLE, Jean Baptiste ALADEZINE
                        Etienne LABORDE, Henri CONNEAU, Napoléon ORNANO, Mathieu GALVANI
                Alfred d'ALEMBERT, Joseph ORSI, Pierre BURE, Henri de QUERELLES (en fuite)



Louis Napoléon Bonaparte sera condamné à la réclusion perpétuelle au fort de Ham.
 
            Henri Richard de QUERELLES, réfugié à Londres, reviendra avec son épouse loger à Paris chez sa cousine Madame de FORGET. Il entreprend, à ce moment, une démarche afin d'obtenir une grâce royale.
            Le Ministère de la Justice et des Cultes instruit cette requête. Nous trouvons dans les pièces réunies en 1844 les explications suivantes :
 
                  Henri-Victor Siefroi, Vicomte de Querelles, Jules-Barthélémy Lombard et Jean Gilbert Victor Fialin de Persigny, ont pris tous trois dans la préparation et dans l'exécution de l'attentat du 6 août, une des parts les plus obstinément coupable.
            Tous trois connaissaient depuis longtemps Louis Bonaparte ; tous trois avaient participé comme Parquin à l'attentat de Strasbourg et, comme lui aussi, ils s'exaltaient en commun avec Louis Bonaparte, par la communication de leurs projets subversifs.
 
 
            Lors du 6 août, le courrier de de QUERELLES fut saisi. Le juge d'instruction cite des extraits de ces lettres emphatiques où l'on trouve dans une lettre adressée à son épouse, la Vicomtesse de QUERELLES, le post-scriptum suivant :
Mon frère d'armes Lombard se rappelle à ton souvenir et te baise la main ; s'il meurt pleure-le un peu ; c'est un noble cœur.
 
                        dans une lettre adressée à la Baronne de FORGET, le post-scriptum suivant :
Lombard a pensé à vous ; il veut que je vous dise, chère, combien vous aviez de place dans son noble cœur.
 
 
            Jules-Barthélémy LOMBARD, le 6 août 1840, a vécu une épopée historique, a rencontré des personnages importants mais l'aventure politique se termine mal.
 
 
            Jules-Barthélémy LOMBARD termine ainsi sa carrière politique en prison… mais sa vie aventureuse va se poursuivre par des chemins inattendus.
 
 
… à suivre … 
L'EMPRISONNEMENT, LE MARIAGE, LA REPUBLIQUE
                         

[1] environ 25 hectares
[2] aujourd'hui le lieudit Maisonneuve
[3] dans le 6ème arrondissement
[4] il s'agit en fait du Marquis Raphaël de GRICOURT, d'abord légitimiste, mêlé aux aventures de la Duchesse de BERRY puis passé à la cause Impériale
[5] Louis Napoléon BONAPARTE fit la connaissance du Docteur Henri CONNEAU en 1825 en Italie. Celui-ci était fils d'une Italienne et du secrétaire du Roi Louis Bonaparte. Il restera fidèle toute sa vie au futur Napoléon III.
[6] 6ème arrondissement de Paris
[7] il argumentait contre la demande du gouvernement qui voulait que la Suisse expulse Louis Napoléon Bonaparte sous peine d'être envahie par la France.
[8] 2ème arrondissement de Paris
[9] vieille connaissance de Jules-Barthélémy, du temps des Trois Glorieuses, en juillet 1830
[10] la vie mondaine de Louis Napoléon et notamment son déguisement lors du Tournoi d'Eglington firent jaser
[11] Louis Napoléon écrivait dans LE CAPITOLE. Il était en conflit avec le fondateur du journal, François de CROUY-CHANEL. Celui-ci était accusé d'extorquer des fonds au Prince dont il avait reçu 140 000 fr. Jules-Barthélémy a été chargé de régler ce conflit et de défendre les intérêts de Louis Napoléon Bonaparte
[12] Armand LAITY, officier d'Artillerie, lointain parent des Beauharnais. Fidèle depuis toujours à Louis Napoléon Bonaparte. Il publia une apologie de l'Empire justifiant la tentative de Strasbourg. Cette brochure à scandale intitulée " Relation historique des évènements du 30 octobre 1836" conduisit LAITY en Conseil de Guerre. Le 16 juin 1838, Jules-Barthélémy LOMBARD fut appréhendé alors qu'il distribuait, place de l'École de Médecine de Paris, cette brochure à M. de BASSIGNAC, officier du 16ème Léger. Le Ministère de la Guerre minimisera cette affaire et ne donnera plus de suite.
[13] s'affrontaient, à cette époque, des défenseurs de systèmes politiques très différents : les royalistes (et il y avait plusieurs maisons), les bonapartistes, les républicains et autres anarchistes
[14] c'était un vieux rêve de Jules-Barthélémy : s'installer médecin en Amérique. En avril 1838 il attendait 10 000 fr. de son homme d'affaires (vente de sa part de Launay) et un diplôme de la Faculté de Médecine avant de partir pour le Nouveau Monde
[15] toujours en mars 1840
[16] la belle Eléonore chante alors avec succès à Paris à Metz et à Douai. Elle semble choisir les villes de garnisons : cette propagandiste se vantait dans ses lettres au Prince de lui avoir rallié des régiments entiers !
[17] 1840 est l'année du retour des Cendres de Napoléon. Le 15 décembre 1840, Paris acclame les Cendres de Napoléon qui entrent aux Invalides mais ni Louis Napoléon, ni Jules-Barthémémy ne verront ces manifestations très populaires
[18] symbole de l'Empire
[19] Polonais de grande noblesse
[20] colonne de 53 mètres érigée à la gloire de la Grande Armée et en commémoration du camp de Boulogne. En 1840 il manque, au sommet, la statue de l'Empereur
[21] département de la Somme
[22] fort détruit pendant la guerre de 1914-1918 dont il ne reste que quelques des ruines
[23] sans parenté, semble-t-il, avec Jules-Barthélémy



Les tribulations d'un aventurier du Second Empire qui devint
Consul Général de France (suite)
 
 
L'histoire de Jules-Barthélémy LOMBARD est un véritable feuilleton à l'image de ce qu'écrivait Alexandre Dumas … et qui aurait cru que ce célèbre auteur allait croiser le destin de notre Teuillacais. Nous avons quitté Jules-Barthélémy, en 1840, après ses deux tentatives de coup d'état en compagnie de celui qui deviendra Napoléon III.
 
 
EPISODE IV - L'emprisonnement, le mariage, la République
 
1840
                   Jules-Barthélémy LOMBARD a 31 ans. Le mardi 6 octobre 1840, à 4 heures de l'après-midi, il est condamné à 20 ans d'emprisonnement et à demeurer sous la surveillance de la police à perpétuité. PERSIGNY[1], MONTHOLON[2] et PARQUIN[3] auront les mêmes peines.
 
                            photo : citadelle de Doullens (Somme)
 
Jules-Barthélémy LOMBARD est emprisonné dans la citadelle de Doullens[4] : matricule 55. Dès le début de la détention, les conditions sont difficiles.
            Extrait d'une lettre de Louis Napoléon Bonaparte à Parquin :
 … …je pense bien souvent aux prisonniers de Doullens. Persigny a écrit au général Montholon que vous n'étiez pas tous très bien traités, je le regrette vivement car c'est un grand chagrin pour moi que de penser que vous êtes maintenant si malheureux.
Ham, 6 novembre 1840
 
 
1841
         Toujours à Doullens, Jules-Barthélémy continue de bénéficier d'une petite rente que verse Louis Napoléon Bonaparte à ses amis d'Arenenberg et à ses complices des coups d'Etat de 1836 & 1840.
 
1842
         Si le régime carcéral du fort de Ham est assez souple, à Doullens les conditions de vie y sont dures. La citadelle est très humide : Jules-Barthélémy LOMBARD est souffrant. Il poursuit néanmoins des relations épistolaires avec des amis de Paris, notamment la famille de Charles DURAND, rédacteur au Capitole. Celui décède cette même année.
 
1843
         Pour des raisons de politique intérieure, le roi accorde sa grâce à quelques détenus politiques du complot de Boulogne. Jules-Barthélémy LOMBARD va ainsi bénéficier d'une remise de peine de 10 ans en septembre 1843. Il lui reste donc 7 ans d'emprisonnement à faire.
 
1844
         En septembre 1844, Jules-Barthélémy LOMBARD est malade. Il a été transféré de Doullens à Paris, dans une maison de santé. Le 4 octobre 1844, sa Majesté Louis-Philippe daigne faire une remise de peine complète[5] à Jules-Barthélémy LOMBARD qui sera donc resté quatre ans en prison.
            La grâce est accompagnée d'un mot du Ministère précisant :
         … remise de la peine sous la réserve de la surveillance perpétuelle.
 
            A Teuillac, très bonnes récoltes et le vin est un bon cru. Malheureusement les trois années qui suivront seront catastrophiques.
 
1845
         Jules-Barthélémy LOMBARD est convalescent et libre. Il retrouve Paris et Octavie DURAND, la veuve de Charles DURAND.
 
            Octavie, Françoise, Alexandrine BOUQUIE, d'une famille flamande est née à Bruxelles en 1815. Elle épouse Charles DURAND. D'une famille française, il est journaliste et deviendra par opportunisme agent politique du Tsar. Il sera rédacteur du Journal de La Haye et pour ces mêmes raisons politiques il obtiendra la direction du Journal de Francfort.
            En 1838, Gérard de NERVAL et Alexandre DUMAS entreprennent un périple dans le nord de l'Europe. Alexandre DUMAS avait entre autre, l'intention de se faire inviter en Russie[6]. Ils reçoivent, à cette occasion, l'hospitalité de la famille DURAND. Au bout de quelques jours de présence du grand écrivain sous le toit des DURAND, Octavie devient la maîtresse[7] d'Alexandre DUMAS.
            En 1839, toute la famille DURAND déménage à Paris. Charles obtient la rédaction du CAPITOLE, journal Bonapartiste. C'est à ce moment là que Jules-Barthélémy rencontre Charles DURAND … et son épouse Octavie. Octavie à trois enfants : Charles, Paul et Anna.
 
 
 
 
1846
            Jules-Barthélémy LOMBARD épouse Octavie DURAND et poursuit sa convalescence à Paris.
 
 
                                                           gravure : forteresse de Ham (Somme)
 
            Louis Napoléon Bonaparte, lui, s'évadera du fort de Ham le 25 mai 1846 sous les habits du maçon Pinguet, dit Badinguet[8]. Il s'enfuit par la Belgique et s'installera pour quelques années à Londres.
 
1847
         Paris s'agite mais Jules-Barthélémy se repose en famille.
            Jules-Barthélémy LOMBARD et Victor FIALIN[9] ont rencontré tous les deux Louis Napoléon BONAPARTE en 1835. Ils sont restés en lien direct pendant toutes ces années de complots, d'organisation secrète, d'emprisonnement … mais la maladie va éloigner au mauvais moment Jules-Barthélémy. Victor FIALIN va devenir omniprésent aux côtés de Louis Napoléon, l'homme des dernières grandes manœuvres.
            Qui aurait pensé, en 1836, que cette poignée de conjurés arriveraient au pouvoir ? Qu'ils deviendraient des hommes d'un pouvoir puissant ….
 
1848
         En février, Paris connaît une nouvelle Révolution.
            Louis-Philippe abdique le 24 février et LAMARTINE, au nom d'un gouvernement provisoire proclame la IIème République.
 
            Pendant cette année 1848 de nombreuses élections ont lieu et particulièrement pour Louis Napoléon qui est élu député. Ses fidèles ont été mis à contribution pour assurer les différentes tâches électorales[10] sous la conduite de PERSIGNY et de VAUDREY.
 
            En août la chronique parisienne indique :
     … tous les rescapés de Doullens font preuve d'une activité inlassable.
 
           
 
            Pourtant nous ne savons rien des activités de Jules-Barthélémy dans cette année 1848 ni s'il est remis de sa maladie. Il est à Paris et Octavie élève ses trois jeunes enfants.
 
            L'histoire s'accélère, la France tourne la page de la royauté. L'Angleterre est, industriellement très en avance sur la France. Les années 1850 qui s'annoncent vont être l'occasion pour un certain nombre d'hommes politiques nouveaux de lancer notre pays vers une reconquête des marchés du train, du télégraphe électrique, des bateaux à vapeur …
            La République chasse une aristocratie par trop conservatrice mais bâtit une constitution fragile d'inexpérience. Un idéalisme empreint des grandes valeurs républicaines du 19ème siècle mais qui ne résistera pas au pouvoir de la célèbre formule "enrichissez-vous" !
 
            Louis Napoléon Bonaparte est élu Président de la République[11] par le vote au suffrage universel direct du 10 décembre 1848. Il jure devant Dieu[12] et le peuple français de rester fidèle à la République démocratique et de défendre la Constitution[13].
           
 
            A Teuillac, le scrutin[14] regroupait les communes de Pugnac, Mombrier et Teuillac.
q Louis Napoléon Bonaparte          446 voix
q Cavaignac                                        3 voix
 
Les orages de juin ont causé d'énormes pertes dans le vignoble, les blés sont brisés.
 
 
 
1849
 
            Louis Napoléon Bonaparte, Président de la République, se fit donner les dossiers de Strasbourg et de Boulogne par Monsieur de MALEVILLE, Ministre de l'Intérieur, et il détruisit l'essentiel de ces dossiers.
 
 
 
 
 
… à suivre … L'AVENTURE DIPLOMATIQUE
 

[1] PERSIGNY (1808-1872) enfermé à Doullens sera un des personnages les plus importants du Second Empire. Hospitalisé à Versailles en 1844, il y restera en résidence surveillée jusqu'en 1848
[2] Général de MONTHOLON (1783-1853) compagnon de Napoléon à Sainte Hélène, sera enfermé au fort de Ham avec Louis Napoléon Bonaparte
[3] Commandant Daniel Charles PARQUIN (1796-1845) vieux soldat du 1er Empire, emprisonné à Doullens où il décèdera en 1845
[4] Citadelle de Doullens : érigée au XVIème siècle, modernisée au XVIIème, elle était un bastion important au moment où Doullens était ville frontière avec les Pays-Bas Espagnols
[5] Martial BATAILLE est également libéré en 1844. Il deviendra ingénieur des chemins de fer sous Napoléon III
[6] En fait Alexandre DUMAS n'ira en Russie que plusieurs années après, il en ramènera Michel Strogoff…
[7] La biographie d'Alexandre DUMAS mentionne effectivement Octavie DURAND … parmi de nombreuses autres ! Le carnet de voyage de Gérard de NERVAL donne moult détails de cette rencontre … et de "la poitrine de sphinx" d'Octavie !
[8] A Teuillac, les Badinguets et les Républicains vont s'affronter de nombreuses fois et en particulier pour la construction du nouveau cimetière …
[9] Il deviendra duc de PERSIGNY … et fera tout pour éloigner J.B. LOMBARD du pouvoir.
[10] et cela dans plusieurs départements compte tenu de la loi électorale de l'époque
[11] c'est, dans l'histoire de la France, le premier Président de la République
[12] la séparation de l'Église et de l'État n'aura lieu qu'en 1905
[13] de la IIème République. Il n'était élu que pour un seul mandat de quatre ans … d'où la suite de l'Histoire !
[14] scrutin censitaire réservé aux hommes et donc peu de citoyens concernés
 
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